Débâcle Jeux

C'est... fini ?

C'est... fini ?

Jour 30 : Est-ce que ça va finir ?

Comme prévu, nous avons pu nous rendre à la cafétéria il y a quelques jours. Nous avions hâte de revoir Knil, le serveur très gentil qui nous a si bien accueilli. Alors nous sommes partis, laissant notre repère derrière nous. Nous n'étions pas très chargés; quelques armes, le reste de nourriture, et nous avons mis de petits sacs sur les chiens afin de porter le reste. Sur le trajet, nous avons essayé de nous faire discrets. Pour une fois cela a fonctionné. Nous n'avons pas eu trop à courir. Katie ramassait tout et n'importe quoi, dans l'optique que cela nous serait peut être utile plus tard.

Cependant, nous nous sommes quand même fait remarquer. Heureusement il ne s'agissait pas d'un vampire, mais bien d'un humain, seul, et désespéré. On apprit plus tard qu'il avait perdu sa femme lors des Nuits de Sang de l'an dernier. Nous avons insisté pour qu'il se joigne à nous. Il s'appelait Côme. Lorsque nous lui avons dit que nous allions à la cafétéria, il a frissonné. Il nous a expliqué que des cris en sortaient régulièrement, et qu'on avait tout intérêt à être prêt à affronter ce qu'on allait y trouver.

Tric Trac

Nous sommes donc entrés dans le bâtiment, poussés par la faim. Une femme courut droit sur nous pour rejoindre la sortie, et nous heurta de plein fouet, faisant tomber une fourchette très aiguisée et pleine de sang un peu plus loin. Ses yeux paniqués nous ont à peine jeté un regard avant qu'elle ne se relève et se remette à courir.

C'est à ce moment que nous nous sommes regardés, et que nous avons pris notre courage à deux mains. Nous avons brandi nos armes et nous sommes avancés d'un pas prudent. Nous devions trouver à manger, nous n'avions pas le choix.

Alors on le vit. On vit un homme, gisant dans son sang, tête la première dans son assiette. La nausée revint. Antoine me prit la main. Nous devions poursuivre. Nous avons eu le temps de faire à peine deux mètres que nous vîmes Knil. Enfin, pas le Knil que nous connaissions. C'était tout à fait un autre homme. Pas exactement un homme à vrai dire. Il prit place calmement à côté de l'homme que nous nous efforcions de ne pas regarder. Ses yeux nous fixaient, il était face à nous et aucune personne dans la pièce ne bougea. Les chiens en revanche, dressés contre l'hostilité, foncèrent tous les deux sur Knil et lui sautèrent dessus. C'était le moment ou jamais.Tric Trac

Knil se débattait, les chiens jappaient, et nous avons levé nos armes et tiré. C'était lui ou nous. Malheureusement, dans la confusion, on entendit un aboiement terrible et Ryko, notre chien, s'est étendu à terre. Mon dieu, Ryko...

Quelques balles plus tard, nous sommes venus à bout de Knil. Nous étions dégoûtés, affamés, tristes, exténués... Malgré mes protestations, notre groupe a convenu que nous n'aurions pas le temps d'offrir à Ryko la sépulture qu'il mérite. En pleurs, j'ai demandé à Antoine de le mettre sur le côté. C'est déjà ça...

Knil gisait devant nous. C'est étrange de tuer quelqu'un qu'on connaissait. On espérait que le bruit produit par le combat n'avait ameuté personne. Pour l'instant tout était tranquille, alors nous nous sommes avancés dans la cuisine et avons pu trouver ce pour quoi nous étions venus en premier lieu. Sans trop savoir pourquoi, Côme, le survivant recueilli, s'en est allé. Il était étrange de toute façon. C'était gentil à lui de venir nous aider. Calmement, nous nous sommes assis dans la cuisine et avons ouvert des boîtes de nourriture que nous mangions froide et crue. Nous avions si faim.

Tric TracCa n'était pas vraiment bon mais sur le coup, on s'en fichait. L'important était de se nourrir et de ramener quelques provisions. Avec tout cela, on aurait de quoi se nourrir nous et le chien pendant une bonne semaine ! Inutile d'aller au chenil. Après une discussion agitée, nous avons décidé d'établir un nouveau "QG" ici. On pourrait partager nos vivres avec les humains qui auraient eu la même idée que nous, et le vampire du coin est déjà éliminé.

L'idée n'était vraiment pas mauvaise en définitive. Nous avons passé les deux jours les plus tranquilles de ces Nuits de Sang. Puis il y a eu hier. Katie dormait, pendant que je veillais avec Antoine pour notre sécurité, au cas où. Il a fallu qu'il se passe ça pendant notre seul moment d'inattention... On ne s'y attendait pas. Nous étions pétrifiés devant la silhouette de Baptiste qui avançait vers nous. depuis l'incident, son visage apparaissait sans cesse lorsque je fermais les yeux, comme reflet de ma culpabilité. Je n'y croyais pas. J'ai osé demander "Baptiste ?.. C'est toi ?". Les larmes me montaient aux yeux. Les oreilles de notre chien se sont dressées alors qu'il se réveillait. Antoine s'est mis devant moi et m'a demandé de dégainer. Sans réfléchir, je me suis baissée pour attraper l'arme au sol. Lorsque je me suis relevée, Baptiste fonçait sur Antoine, toutes dents sorties, et j'ai eu le temps d'apercevoir ses yeux rouges et avides de sang dévorer Antoine des yeux. Ce n'était plus lui.

J'ai été réactive pour une fois. Alors qu'Antoine me protégeait de son corps, j'ai tiré sur mon ancien ami. Mon chien s'est mis sur ses pattes aussitôt et a fondu vers Baptiste, la gueule dégoulinante. Katie s'est réveillée au moment ou Baptiste atteingait Antoine et cherchait à enfoncer ses crocs dans son cou. Il lutta comme il put et je rechargeais aussi vite que je pouvais. Le chien le retenait par la jambe et l'empêchait d'effectuer les mouvements qu'il souhaitait, mais il se dégagea et attrapa Antoine par les épaules. Alors j'ai pu tirer à nouveau, et cette fois je n'ai pas loupé la tête. Accablée, je m'effondrais quelques secondes après son corps inerte. Tout le monde pleurait.

On ne pouvait plus supporter ça une minute de plus; la faim, l'insécurité, les cris, l'odeur nauséabonde, le manque de sommeil et d'hygiène... Soudain, Antoine me prit par la main et m'emmena à la fenêtre qui se trouvait à l'autre bout de la pièce. J'enjambais Baptiste avec un haut-le-coeur. Nos regards se posèrent sur l'horizon où un soleil palot se dessinait. Les gens sortaient de leur cachette, tournés dans la même direction que nous. C'était incroyable. Je posais des yeux embués sur Antoine, sur qui le soleil sembla s'arrêter. "C'est... fini ?"

 

Cette fan-fiction est la suite et fin de https://www.trictrac.net/actus/le-cauchemar-se-poursuit

 

Inspiré du jeu de société More Bloody Nights, jeu de Fidel Montesino, édité chez GDM et distribué par Ludistri

 

Fan-Fiction par Marianne Michel

 

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