Entretien avec Yann Lefebvre

Entretien avec Yann Lefebvre
Le Korrigan

Vous l’ignorez peut être mais la campagne de financement de la seconde édition de Crime, jeu de rôle d’enquêtes horrifiques à la Belle-Époque entame sa dernière ligne droite… Pour en savoir plus, nous avons soumis à la question, Yann Lefebvre le directeur éditorial des Ecuries d'Augias… Morceaux choisis…

 

98770d74e9b3a7673b9b58a74ea52b51182e.pngIl y a dix ans déjà paraissait le livre de base de Crimes, un jeu de rôle qui entraînait les joueurs dans les bas-fonds de la Belle Epoque pour explorer la décadence et la folie… Comment était né ce jeu sombre, ambitieux et envoûtant? 
A l'origine, j'ai pensé ce jeu à la suite de lectures de romans décadents et fantastiques du XIXème siècle, et en raison d'un goût prononcé pour les grands classiques du cinéma fantastique expressionniste ou de la Hammer. Des claques, comme celle reçue en découvrant des romans graphiques comme From Hell, ont façonné les principaux thèmes du jeu.

La forme (romancée), le ton et la noirceur sont plus liés à un deuil familial. Ecrire était une délivrance et une thérapie. 

Le premier livre de base est le fruit de la rencontre avec Christophe Chaudier, qui a développé l'univers et rendu possible son édition. On y trouve le produit de nos deux ADN.

 

e10a6a22d5c713d69bfa3f5732c859147989.pngQu’est ce qui lui confère cette dimension horrifique qui le rend assez unique en son genre? 
Le fantastique qui est à l'œuvre épouse les canons des inspirations que j'ai citées plus haut. Il n'a pas pignon sur rue, il ne se décline pas dans un bestiaire mesurable, paramétrable et clairement authentifié. Il se cache plutôt dans la pénombre, dans les arrière-cours et les souterrains. Il est comparable à l'allégorie de la caverne de Platon : on ne distingue que son ombre passante, sans réellement comprendre son essence et sa véritable nature. Autre lecture : l'inquiétante étrangeté. Tout semble réel, mais il y a des petites anormalités, des détails qui troublent le spectateur, qui le rendent inexplicablement mal à l'aise. C'est par cette porte qu'on bascule dans une horreur plus viscérale.

Ensuite, ce fantastique allégorique se calque sur tous les travers de la Belle Epoque, ses extrêmes et ses contradictions politiques, sociales et culturelles. En filigrane, on y retrouve des thèmes très contemporains qui jalonnent notre propre actualité. Cela le rend plus proche.

Plus proche encore, l'horreur n'est pas extérieure mais intrinsèque au personnage. On assiste à sa lente agonie vers la folie, vers la corruption, vers l'abandon de ses sincères convictions et de ses purs idéaux. Certains PJ sombrent dans la monstruosité, devenant comme ceux qu'ils chassent.

 

0143c4036c3431a39a5d6869ca79dbd9d8cb.pngLes Ecuries d’Augias travaillent depuis longtemps sur la seconde édition de Crimes… Pourquoi une seconde édition? Quelles seront les principaux apports ou modifications apportés au jeu? 
Pérenniser une gamme par de petits scénarios, sans que le livre de base soit disponible, est une mission impossible. Le livret de découverte paru en 2014 ne pouvait retranscrire seul la richesse du jeu.

Dix ans de Crimes ont aussi permis un brassage des idées, des points de vue, entre les concepteurs (au gré des parties en convention), des nouveaux auteurs (notamment sur les scénarios prêts à jouer) et les meneurs (par leurs compte-rendu de parties ou leurs questionnements).

Notre expérience du jeu, conjuguée à de nouvelles pratiques et expériences dans le domaine du JDR, nous ont forcé à revoir notre copie. L'intérêt d'une simple réimpression était donc nul. Il fallait à la fois fournir une anthologie de tout ce qui avait été fait sur le jeu, et de nouvelles pistes ludiques pour exploiter des possibilités jadis délaissées.

La seconde édition rend les joueurs plus autonomes au niveau de la gestion des règles, mais aussi au niveau de leur intégration dans le contexte (développement des contacts, des métiers, de leur environnement social en général). Ce contexte n'est plus une simple toile de fonds ou un enjeu passif, il est impératif d'y bâtir des ressources pour gagner de précieuses aides en cours de jeu.

Le meneur reste chef d'orchestre et possède plus de responsabilités dans la mise en scène pure.

Crimes se recentre aussi en tant que jeu d'enquêtes. Les scénarios sont beaucoup moins linéaires et encouragent la quête et l'analyse d'indices selon plusieurs méthodes complémentaires mais concurrentes.

 

1dbd1a87f6be45cb578ccfcf5e96a1c61a77.jpeComment avez-vous rencontré Maxime Chattam qui signe la préface de cette seconde édition? 
Nous avons eu vent du fait que Maxime était un joueur invétéré, et qu'il avait utilisé le moteur de Crimes pour une campagne longue se déroulant à la Belle Epoque. Par des contacts communs, nous avons initié une courte correspondance, et par la suite, son engagement sur l'écriture de la préface d'une seconde édition.

Nous n'imaginions pas que le jeu avait pu contribuer à la genèse de Léviatemps et du Requiem des Abysses. Maxime a été une aide précieuse tout au long de nos efforts de promotion du jeu. Ce rapprochement entre deux de ses œuvres et la nôtre nous a énormément touchés.

Le romancier n’est pas le seul à rejoindre l’aventure! Jean-Luc Bizien, créateur de l’excellent Hurlements(que de souvenirs!) et auteur de la savoureuse Cour des Miracle (dont nous recommandons chaudement la lecture) sort de sa retraite rôlistique pour signer un scénario… A-t-il été aisé de le convaincre? 
Jean-Luc Bizien est une connaissance de Jérémie Rueff, qui lui voue une grande admiration. Les détails de leurs délibérations leur appartiennent. Nous avons tous vécu de grands moments de jeu ou de lecture grâce à lui, un jour ou un autre. Je vous avais parlé des nombreux auteurs qui avaient ajouté leur plume à Crimes (Guillaume Fréry, Franck Brison, Mahyar Shakeri, Benjamin Diebling, Daniel Latreille, Fabien Deneuville…). La reconnaissance explicite de notre travail par Maxime Chattam nous avait grandement motivé. Aboutir à la participation de Jean-Luc était un autre de ces Graal qui montre que ce jeu n'est pas que le produit interne des Ecuries, mais un univers suffisamment porteur pour que chacun puisse s'y retrouver, et ait diablement envie de s'y essayer...

 

Retrouvez l’intégralité de l’entretien sur le site des SdI

 

Ludiquement,

Le Korrigan

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Commentaires (2)

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Le Korrigan
Le Korrigan
Maléfices me semble plus axé sur les superstitions et la science qui avance à pas de géants alors que Crimes se veut plus sombre, explorant la noirceur de l'époque et de l'être humain, sur fond d'horreur, de déchéance et de folie...
6gale
6gale
Est-ce que Crimes, se démarque beaucoup de Maléfices ?