Revue Caustique : Intime Conviction

Revue Caustique : Intime Conviction
NaHO

Si vous êtes comme moi, vous avez vu apparaître en fin d'année dernière un florilège de petites enveloppes fermées d'un sceau rouge ou vert sur les étals de vos boutiques spécialisées préférées. Ce jeu, qui s'inscrit dans la catégorie des O.L.N.I. (comprenez, Objet Ludique Non Identifié), s'appelle Intime Conviction.

 

Créé et édité par 2 Belges amateurs de Fika - c'est-à-dire de pauses café. Ce projet a la particularité de tenir dans une enveloppe postale kraft, et ça tombe bien, parce qu'il s'agissait aussi de son mode de livraison avant qu'il ne soit trouvable en boutiques.

Une autre particularité que je lui trouve, c'est qu'il s'agit d'un des rares jeux à l'heure actuelle encensé par les critiques sur internet par les bloggueurs ou youtubeurs (je pense notamment à la sélection de noël où Ludema le plaçait rien de moins qu'à la 4ème place des meilleurs jeux de l'année devant des valeurs sûres comme Root, Caylus 1303 ou Blackout HK). Alors que dans les avis des TricTraciens, Intime Conviction présente qu'une note moyenne de 5,69 et seulement 2 avis à 9+ étoiles.

 

Tomfuel dit :

ça meriterait une actu façon blôgueur

Porté par une idée de Mr Tomfuel, je me permets donc ici mon premier "avis de bloggeur" justement ! Alors, dans quel camp vais-je me retrouver ? 

Tric Trac

Le principe du jeu

Intime Conviction est un jeu qui se place dans le domaine du judiciaire, mais ne faîtes pas l'erreur de penser qu'il s'agisse d'un jeu d'enquête, il n'en est rien. Ici il s'agir d'un jeu de débats.

Le principe du jeu est simple : vous êtes membres d'un juré lors d'un procès criminel, et en tant que tel, vous devrez délibérer avec vos comparses de la culpabilité ou bien de l'innocence du prévenu. Le jeu est composé d'un plateau central, vous dépeignant la scène du crime, d'enveloppes scellées contenant des témoignages qui vous seront transmis en temps et en heure. Et enfin 12 cartes de jurés qui servent de moteur du jeu, ce sont elles qui vont lancer les débats, vous dire de lire de nouveaux témoignages, ... 

A l'heure où j'écris ce billet, il existe 2 enquêtes différentes (mais jouable une seule fois) : l'affaire des poissons de Chine (Affaire numéro une, dite "rouge") et l'affaire du passeur (Affaire numéro deux, dite "verte"). 

 

Ce qu'on en pense - mais sans spoiler ?

La première chose, avant d'y jouer, c'est que le principe est cool. Original ? Probablement. En tant que bon français qui se respecte, débattre est un loisir, si ce n'est un sport national. Et voir une affaire criminelle de ce point de vue nous semble très plaisant et sort un peu des sentiers battus par l'inspecteur Gadget, Derrick, Colombo et forcément Sherlock Holmes.

Dans la pratique, le jeu est plutôt bien écrit et c'est important dans les jeux narratifs. Le matériel a été pensé pour éviter le divulgachage, ainsi les témoignages sont sous scellés, et les cartes jurés sont brouillées. Il faut un filtre rouge pour pouvoir décrypter ces dernières. Cette solution est marrante, mais fait preuve d'un certains excès qui est mis en avant par 2 critiques : tout d'abord, même avec le filtre, les cartes sont difficilement lisibles. Ensuite, et bien ces cartes contiennent des directives ou des questions à poser à l'ensemble des jurés, mais pas d'indices ou de révélations qui nécessitent de telles méthodologies CIAesques ! Cela nous rappelle donc nos jeux d'enfants, mais n'a pas forcément l'effet escompté au niveau de l'ambiance autour de la table.

Si on rentre un peu plus dans la critique d'Intime Conviction, comme d'autres membres de Tric Trac, j'ai été déçu par la promesse du jeu. En effet, le speech du jeu veut que ce ne soit pas un jeu d'enquête mais bien de débat avant tout. C'est un point clé sur lequel il faut insister pour être sûr que personne ne soit déçu lors de la pratique d'Intime Conviction. Et pourtant en y jouant, et bien on se retrouve à lire des déclarations préliminaires des témoins. C'est-à-dire que les informations que l'on nous donne ne sont pas les témoignages de l'accusé ou des témoins lors du procès, mais durant les premières phases d'enquête des forces de Police. Et donc, à nous de remettre les pièces dans l'ordre et finalement nous faire une petite fiche avec toute la timeline... en faite, de faire le travail d'enquêteurs ! Donc aucune information n'est à prendre comme "certaine", et c'est là-dessus que le jeu se base pour mettre le doute et faire naître le débat. A vous de travailler sur le scénario qui permet d'expliquer telle réaction, telle omission, tel mensonge, .... et si votre groupe ne le fait pas de lui-même, ce sont les cartes jurés qui vous demanderont de le faire. Ce qui est donc étrange, puisque les groupes qui se prennent au jeu devancent alors la rythmique du jeu, se lançant dans un débat que le jeu va leur demander d’avoir lors de la prochaine carte, ce qui fait retomber un peu la tension et nous donne l’impression de passer à côté de quelque chose. Est-on allé trop vite ? Est-ce que l'on joue convenablement ? 

 

Ainsi, après avoir découvert les 12 cartes jurés, lus tous les témoignages, eus les débats nécessaire sur ce qu'il convient pour juger une personne coupable ou non, vient le temps des délibérations. Chacun possède 2 cartes à sa disposition : Coupable ou Non-coupable. Le vote qui sera majoritaire l'emporte !

Une dernière enveloppe sera donc à disposition, celle contenant la "solution". Une petite BD qui devrait vous permettre de comprendre si vous avez eu raison ou non lors de votre jugement.

Tric Trac

Bon, et si on spoilait un tout p'tit peu ?

Sans rentrer dans l'affaire en tant que telle, il y a tout de même quelques points qui méritent d'être abordés.

Tout d'abord ces 12 cartes jurés. Parmi ces 12 cartes, 4 d'entre elles (dans la première affaire tout du moins) vous demandent d'ouvrir une enveloppe et de la lire. La première déclare le juré numéro 1 comme président du juré, et la dernière demande notre jugement. Donc finalement, le jeu ne se joue qu'avec les 6 autres cartes. Et comme je le disais dans le paragraphe précédent, certaines "tombent trop tard" tandis que d'autres posent des questions relativement bateau du type : qu'est-ce qu'un meurtre ? Qu'est-ce qu'un coupable ?

Je comprends ici l'intention de ces cartes : remettre la problématique du juré au centre de cette "enquête", nous rappeler l'importance du vote d'un juré. Finalement cela propose une pause dans le rythme effréné des conjonctures de chaque enquêteur/juré, et se sont peut-être les cartes les plus intéressantes du point de vue du speech de base : le débat. Sauf que pris dans l'enquête et la recherche de la Vérité, nous passons rapidement ces cartes "hors sujet". Peut-être arrivent-elles trop tardivement. Peut-être devraient-elles être incorporées aux témoignages ? 

 

Un autre élément qui nuit au débat selon moi c'est le chef d'accusation (dans la première affaire) : homicide volontaire. Cette accusation est dure, et s'inscrit dans des limites bien discernables d'après moi. Il faut qu'il y ait eu un meurtre, évidemment, et une certaine préméditation. Un désir de mettre fin à la vie de l'autre. Le rôle du juré est donc d'être capable de dire, sans le moindre doute, si cette intention de tuer était donc là au moment des faits. C'est compliqué comme décision à prendre. N'ayant accès qu'aux entrevues préliminaires, je trouve presque le jeu biaisé de ce point de vue. On doit voter coupable si aucun doute ne persiste ! Le but du jeu étant le débat, je pense que le jeu aurait été enrichi si dans le cas de l'enquête rouge, l'accusation était d'homicide involontaire ou d'un chef d'inculpation moins "rigide". Car au final, même si nos informations sont brouillées par les différents témoignages -dont certains ont pour unique utilité de justement noyer le poisson - la solution nous apparaît relativement aisément.

Je fus donc déçu à la résolution de cette affaire. Non pas parce qu'on a perdu, mais au contraire parce que l'on a gagné avec un sentiment de facilité. Moi qui m'attendait au procès de Brad Pitt à la fin de Se7en, j'étais finalement face à une affaire "assez banale" (je prends d'ailleurs conscience ici que je regarde bien trop de thrillers et de séries criminelles si j'en viens à parler d'un meurtre banal...), et le débat promis par le jeu correspondait plus à une réflexion sur le système judiciaire et le rôle des jurés que sur une enquête houleuse. 

 

 

Voici donc la fin de cette première "revue caustique", qui malheureusement n'est pas très positive, mais qui j'espère vous aura plu. On lance le débat ? ;)

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Commentaires (5)

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jmguiche
jmguiche
NaOH dessoude ...
Fallait s’appeler H3OCl pour dé souder.

Même ressenti sur le jeu. Je pense que l’auteur a une idée, un but, mais cela ne passe pas.
NaHO
NaHO
Le but n'était pas de "taper" sur qui que ce soit. Mais disons que cet article a été écrit suite à une lassitude de lire des messages qui glorifient les jeux avec des commentaires "jeux du siècle, à ne pas rater" ou au contraire "sombre déchet de fond de composteur" sans arguments. Ici j'essaye d'expliquer pourquoi je trouvais l'idée géniale, et pourquoi la réalisation finalement pêche selon mes appréciations et mon expérience. Mais vu ton commentaire, je présume que tu partages mon point de vue :) Merci pour le commentaire !
jmguiche
jmguiche
J’avais compris ! 😉
Je suis bien d’accord.
apiret
apiret
Vous m’ôtez les mots de la bouche/clavier. Même ressenti, même analyse.
dm57fr
dm57fr
J'ai le même ressenti que toi, très déçu.
Et même pire pour le deuxième scénario, car on n'a pas vraiment compris comment il fallait interpréter le dessin de la solution...