Une analyse du marché

Par Docteur Mops

Publié le 21 ene. 2002 • Lecture 3 min. •  4841 vues

Une analyse du marché

"Toys Games international incorporation mondial ltd", ils pèsent combien ?

Le Salon « Univers d’enfants » est le salon des professionnels de l’objet de loisir à destination de l’enfance, un terme généraliste qui englobe un panel d’objet de la poupée en tissu, en passant par la console de jeu jusqu’aux jeux de société.

Pour la part qui nous concerne (les jeux de société), il faut savoir qu’il existe deux salons en France : « Univers d’enfants » et « Maisons et Objets ». Vous vous direz avec justesse que ni l’un ni l’autre ne semble vraiment adapté spécifiquement aux jeux, le premier orienté enfance, l’autre décoration.
C’est bien pourtant au sein de ses deux salons que l’on peut rencontrer les maisons d’éditions.

Un salon professionnel est réservé aux professionnels dirait monsieur de la Palice. Il n’est pas opposable aux salons amateurs, mais destiné à ce que tous les acteurs du marché puissent se rencontrer.
Les éditeurs, fabriquants et distributeurs viennent y exposer leurs produits et présenter les nouveautés, les détaillants viennent y faire des repérages et négocier les achats, les auteurs viennent présenter leurs futurs projets.
On y croise donc pas de regards ébahis d’enfants se croyant dans l’atelier du père Noël, mais beaucoup de commerciaux en uniformes cravatés de rigueur négociant d’arrache-pied et devisant de l’état du marché passé ou à venir. Vous l’aurez compris, on n'est pas ici pour s’amuser mais pour bosser et parler Euros.

Sauf Trictrac bien sûr, parce qu’on était là pour fouiner partout !

Quelques Chiffres à la volée.
Si l’intitulé du salon vous semble amalgamer indélicatement votre passion ludique avec les jouets et les friandises, il faut ici raisonner en terme de marché.
Le jeu n’est qu’une des composantes qui constitue le marché des jouets et jeux. Ce sont les gros volumes qui servent de références et l’on ne parle plus de «jeux de société » mais de produits de loisir ludique et c’est bien le public des enfants qui constitue le cœur de cible en terme d’importance financière.


Le secteur se porte plutôt bien avec une évolution de 5,5% sur l’ensemble du marché. Pour vous donner un petit aperçu, il faut savoir que ce secteur représente en France 10,67 milliards d’Euros.

Les variations d’évolution par secteur se situent ainsi :
Ceux qui se portent bien :
Premier âge : +8,4 %
Jeux et Puzzles : + 6,8 %
Véhicules et porteurs (skate, rollers,…) : +5,4% respectivement
Poupées : +4,7%

Ceux qui vont moins bien :
Jeux d’actions : -13,1 %
Peluches : -25,5% (sale coup pour nounours)

Mais où ça se passe tout ca ?
Voici quelques chiffres assez éloquents sur les habitudes de consommations qui fait que tout le monde ne joue pas dans la même cours. Voici la répartition des habitudes de fréquentation des consommateurs qui désirent acheter des jouets ou des jeux :

Supermarchés : 83%
Grandes surfaces spécialisées : 65%
Grands magasins : 32 %
Détaillants spécialistes : 27%
Correspondance : 25%
Solderies : 15%
Autres : 1%

L’achat habituel se déroule donc entre les boites de conserves et les produits ménagés. La frange des magasins spécialisés est encore peu marquante dans les habitudes de consommation. Le jouet ou le jeu ne sont donc pas des objets culturels mais bien des objets de grande consommation.

Il est à noter que si la distinction était faite entre jeux et jouets, le résultat serait un peu différent et les chiffres un peu plus élevés pour les surfaces spécialisées. Mais la grande distribution resterait loin en tête.

Les choix du lieu d’achat sont déterminés par un tableau des attentes des consommateurs par rapport à ce type d’achat que voici par ordre d’importance :

C’est d’abord le choix des produits et le prix qui sont largement décisif pour le lieu d’achat.
Pour les prix, il est simple de voir pourquoi les hyper et les super sont en tête, mais la question du choix reste un paradoxe vu ceux proposés. Là encore, une distinction Jeux/Jouets modérerait les résultats.
Mais il est évident qu’il existe un déficit d’information sur les produits ludiques et notamment sur la diversité des jeux disponibles. Le marché du jeu adulte représentant encore une partie infime du marché, celui-ci est simplement ignoré.

L’agencement en magasin vient ensuite en troisième position significative.

La proximité et les catalogues ne semblent pas compter beaucoup. Les catalogues de fin d’année sont essentiellement utilisés comme comparatifs de prix.

En queue de peloton, la qualité des conseils, les services et la communication ne semblent avoir que très peu d’importance. Preuve encore que seuls les produits largement médiatisés ou les produits connus semblent être l’objet de référence en terme d’achats.

Et oui ! La part la plus importante du secteur d’activité qui nous intéresse se trouve bien au supermarché et les produits phares (en terme d’importance financière) sont toujours les Trivial, Monopoly, Docteur Maboul et autres Star Academy.

Toute cette analyse nous permet de mieux relativiser le contexte de notre passion ludique.
Si le jeu de société est en progression, si le public est en train de changer doucement en découvrant que le marché ludique n’est pas seulement un produit pour enfant, nous sommes encore loin du compte face à la réalité.

Mais la stratégie des grands tient compte de ses modifications en axant de plus en plus leur image vers un jeu plus familial. Les valeurs de convivialité sont mises plus en avant mais les consommateurs identifient toujours dans leur ensemble les produits ludiques comme enfantins et la valeur éducative reste toujours au premier rang des revendications.

Les choses semblent pourtant aller dans le bon sens, mais doucement.

Les triviaux se portent bien merci ! Mais trictrac n’était pas là pour ça...


Docteur Mops

Commentaires (9)

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Docteur Mops
Docteur Mops

Winning Moves est une maison qui est aujourd'hui connu par ses éditions régionales et locales des Monopoly et Trivial Pursuit.

Mais il faut savoir qu'Alex Randolph participe au capital et que la bande des véniciens (Colovini & Co) y sont présents aussi.

Monsieur Phal
Monsieur Phal

Alors, il s'agit de "Antartica" chez Winning Moves. Un jeu basé sur les exploits de Laurence de la Ferrière. Prévu pour fin septembre 2002. De mémoire, pas de nom d'auteur. Mais nous en reparlerons certainement.

Merci pour le bravo, même si je le mérite à peine.

Vinciane
Vinciane

C'est quoi le jeu sur la traversée du pôle dans le reportage photo? C'est de qui et c'est chez quel éditeur?

Au fait, bravo pour le reportage photo!!! Même s'il manque des photos, c'est bien de nous en donner un aperçu.

Docteur Mops
Docteur Mops

Je ne croit pas que se soit une ambiance de crise qui succite cet intérêt. C'est l'image du jeu qui est en train de se modifier doucement en France pour toucher un public plus large et devenir un produit plus culturel (pas au sens instruction mais création).

Personellement j'aime toujours me détendre et je préfère ne pas attendre les crises pour le faire :)

Monsieur Phal
Monsieur Phal

Ça, c'est une question ! Je me demande s'il ne vaut pas mieux utiliser le forum, mais enfin...

Je ne crois pas que le "grand public" pour se détendre pense à sortie un jeu, pour cela il faut dans l'entourage un joueur qui insuffle l'envie. Une fois l'esprit ludique installé, je crois que oui, le jeu permet de se couper des problèmes et de la pression. Surtout en mangeant des nounours en gélatine et en buvant des boissons sucrés à bulles...

Bertrand
Bertrand

Je voudrais rebondir sur ces chiffres, pour vous demander : Pensez-vous que durant des périodes de crises (politiques) les personnes cherchent à se détendre et recherche justement un univers plus frivole comme celui du jeu?

Monsieur Phal
Monsieur Phal

Une des prochaines brèves devrait peut-être apporter de l'eau au moulin sur le rapport télé / jeu ...

Cebru
Cebru

Je crois surtout, et les exemples qui sont cités par le Doc le confirment, que généralement le facteur déterminant d'achat d'un jeu par un non-joueur (de très loin les + nombreux !)est le fait qu'il soit "vu à la télé" (spot publicité surtout en période de Noël) ou "dérivé d'un produit TV" (série, sitcom, jeu-tv, star academy,...).

D'ailleurs on ne trouve pratiquement en Super ou Hypermarché que des jeux qui bénéficient (ou ont bénéficié) d'une couverture télévisuée.

Les supermarchés et les grandes surfaces spécialisées raflent donc la mise en proposant seulement quelques rares références portées médiatiquement à la connaissance du grand public. Le profit immédiat étant leur principale motivation, il y a peu d'espoir que les choses évoluent, sauf... si les éditeurs ont la bonne idée d'offrir des jeux de société à la production de M6 et de la convaincre d'installer une ludothèque dans le "Loft 2" !

matthieu
matthieu

Bravo pour ces chiffres et cette analyse qui démontre toute l'importance de la grande distribution en terme de volume ; on s'en doutait mais on a maintenant des infos précises.

Même si les choses changent dans un sens qui est favorable pour les amateurs de jeux, force est de constater que le poids des licences, produits dérivés et autres est bel et bien là et qu'il faudra du temps pour que les habitudes de consommation changent......